Surabaya | La méconnue

Après avoir profité longuement des richesses de Bali, me voilà parti pour l'île de Java. A la surprise de beaucoup d'indonésiens, je commence ce nouveau périple par un stop dans la ville de Surabaya. Beaucoup m'avaient dit que je ne trouverais pas grand chose dans cette ville, mais j'ai tenu à m'en faire ma propre opinion. Et les premiers pas sont concluants !


Après un atterrissage plus ou moins doux, me voilà arrivé dans la 2 ème plus grande ville d'Indonésie. Ma question est vraiment de savoir comment cette capitale de Java Est pourrait n'avoir rien à offrir, en étant à la fois un symbole historique et politique.

Après un arrêt déjeuner javanais avec le Soto Lamongan, je continue ma route et observe que tout y est vraiment plus moderne qu'à Bali, néanmoins toujours caractéristique de l'Indonésie. Si les temples y sont presque absents du fait que la majorité des habitants soit musulmane, le trafic et ses scooters n'ont - quant à eux - pas disparu.

Surabaya, la combattante ! Les symboles de Surabaya sont des représentations de puissance, mais aussi de la résistance indonésienne post-indépendance. Sur le trajet, il m'est raconté que la ville a vu proclamée son indépendance à l'été 1945, après sa libération par les forces Alliés. Mais ces mêmes forces - colonialistes - ont cherché à conserver la main mise sur ce territoire, notamment les britanniques et les hollandais qui en avaient fait une place majeure du commerce. Cela déclencha un mouvement de révolte progressif, initié par un attentat à la voiture piégée sur le Jembatan Merah (ou pont rouge)... La légende dit que les locaux ont gagné leur victoire seulement à l'aide de bambous.

Surabayais devant la mairie qui affiche
le symbole des 70 ans d'indépendance de l'Indonésie

Mais le premier symbole de Surabaya reste son emblème composée d'un requin (sura) et d'un crocodile (baya) en train de lutter. Apid me raconte que le requin est associé à l'envahisseur et le crocodile à la résistance Surabayais, mais qu'ils symbolisent surtout la cohabitation. 

Emblème de la ville de Surabaya

Surabaya l'ambitieuse ! La ville est aussi connue en Asie du Sud-Est pour son pont Suramadu, long de plus de 5400 mètres, et qui permet de rejoindra Madura. Ce pont a pris plus de 6 ans avant de voir le jour et a fait l'objet de quelques perturbations, notamment en matière de financements. Mais il est aujourd'hui l'une des fiertés des Surabayais.

Panorama du Pont Suramadu

Pont Suramadu de Surabaya

Logo des constructeurs du pont

Surabaya la progressiste ! Plus j'entre dans la ville, plus les anecdotes se multiplient. Il m'est raconté que Surabaya a longtemps été la seule ville d'Indonésie à contenir une synagogue, mais que l'absence de juifs (moins de 50 en Indonésie) et les nombreuses protestations liées au conflit israélo-palestinien ont eu raison de ce lieu, fermé en 2009 pour y abriter aujourd'hui un centre d'exposition sur le cancer. Un peu plus loin, nous passons à côté de l’hôpital d'Etat de Surabya, où il m'est confié que c'est ici qu'a eu lieu la première opération de changement de sexe en Indonésie. Mais nous nous retrouvons rapidement sur le campus d'Apid, où il m'est demandé de changer mon short pour un pantalon et mon haut pour un T-Shirt à manches, dans le respect vestimentaire des lieux.

Entrée de la fac de psycho où étudie Apid

Pour la première fois depuis mon arrivée, je ressens l'identité d'un nouveau mode de vie. Si Apid me présente à ses amis rapidement et que nous partageons des attitudes communes, la vie de son campus est le reflet de sa culture. Comme je l'avais noté à Bali, la tenue en est un premier aspect. Mais sur le campus B, l’uniforme a été progressivement remplacé par des règles vestimentaires. Bien qu'on ne porte ici pas de tenue particulière, il m'est demandé d'enfiler un haut à manches, ainsi qu'un pantalon. Je retrouve également quelques gazebos où les étudiants peuvent se retrouver et se relaxer un instant. Loin de nos habitudes occidentales, l'école n'est pas vraiment un lieu pour parader mais plutôt ce qu'il devrait être, un lieu de savoirs. 

Parking des étudiants
Espace détente du campus

Nous nous rendons ensuite en salle d'études où nous devons retrouver Tauhett, son meilleur ami. Ils étudient tous les deux la psychologie, mais Apid veut devenir enseignant et Tauhett, travailler pour la Garuda Ai. Sur le chemin, nous croisons l'une de ses professeur, qu'il salue en lui baisant la main, puis l'apposant sur son front en signe de reconnaissance. Le respect du savoir est ici très important, me raconte-t-il et il est coutume de saluer les enseignants de cette façon. Si j'aurais pu avoir un doute, la réaction de surprise de sa professeur, lorsque je lui ai naïvement serré la main à l'occidentale, n'a fait que confirmer cette coutume.

Salle d'études de la fac de psychologie 
Il m'expliquera plus tard que les marques de respect se traduisent également dans le langage, notamment dans l'utilisation des pronoms en fonction du statut social. Un "vous" pour marquer le respect d'une meilleure position. Un "tu" amical pour confondre les deux statuts. Et un "tu" distanciant, qu'il utilise par exemple pour la femme de compagnie de sa maison. Mais le javanais (dialecte de la partie est de Java) aurait cette particularité de paraître déplacée, car elle n'utiliserait que 2 de ces formes pronominales. Le respect s'exprime également par le fait de la pas utiliser sa main gauche pour dire bonjour ou donner quelque chose à quelqu'un, car elle est la "main utile" si jamais le bidet n'est pas suffisant après votre passage aux toilettes.

#Geoffrey