Jakarta | La nouvelle

A l'instar de l'Indonésie indépendante, Jakarta est devenue cette ville puissante en seulement quelques années. En rejetant tout héritage hollandais, elle a pris une voie plutôt singulière et tient à s'affirmer avec sa propre identité. Son symbole en est pour moi le reflet même. Cette haute tour qui surplombe la ville - comme le ferai un mirador - siège au milieu d'une aire publique où tout a été repensé. Sans histoire propre, mais pas sans signification, cette tour s'affirme comme un symbole de force et de solidité dans le temps. Mais Jakarta aurait elle terminé sa crise d'adolescence ? Pas sûr si l'on en croit son développement actuel.


Pour découvrir l'histoire de la vie, il me faut revenir à ses débuts, sa vieille ville (Kota Tua en bahasa). Et ce n'es pas tout à fait dans la rue que je vais en découvrir le plus, mais bien étonamment dans le musée de la Bank Indonesia. Ce bâtiment de plus de 100ans a été le témoin des évolutions de l'Indonésie et en a subit les séquelles, notamment au travers de quelques liftings. Mon guide d'alors m'explique qu'il est possible de reconnaitre les travaux au sol, par exemple, quand le carrelage comporte des petits points, témoins de sa rénovation.


S'il était un hôpital, il est ensuite devenu la banque Hollandaise (Bank Van Leening) au début du 19ème lorsque Jayakarta était Batavia, avant d'être reconstruite pour y habriter la Bank Indonesia lorsque la ville est redevenue Jakarta. Si la Bank Van Leening a bien tenté d'éduquer les Indonésiens à l'épargne (notamment au travers des objets céramiques que j'ai vu au musée national), cela s'est traduit par un échec.


Si l'Indonésie est riche de sa culture, elle est aussi riche de ses épices. Et ça, les Européens en témoignent par leurs esprits colonnisateurs. Portugais, français et hollandais se sont à tour de rôle approprié ces richesses (cannelle, poivre, gingembre, clous de girofle) pour en faire commerce, s'appropriant par la même occasion quelques terres ici et là. Les Portugais plutôt à l'Est. Les hollandais plutôt au centre. Les anglais plutôt à l'ouest. Voilà un bien long voyage pour quelques épices... Sans rancoeur, les Indonésiens en affichent la représentation de ses visiteurs les plus emblématiques, tels que Marco Polo (qui fréquenta la princesse Kokachin), Laksamana Cheng Ho (connu pour avoir porté l'Islam en Indonésie), Alfonso d'Alburquerq (leader portugais) ou Cornelis de Hautman (naviguant du premier bâteau hollandais).


La tradition colonialiste voulait que les mariages entre Hollandais et les locaux respectent des règles bien particulières. Les hommes hollandais avaient généralement déjà une femme en Europe, mais en voulaient sans doute une dans chaque port... Et lorsque ceux-ci retournaient en Europe sans jamais revenir, les mariées - qui devaient alors patienter en Indonésie, passaient du rang d'épouse à celui de veuve noire (Black Widow). Si le couple avait avait donné lieu à la naissance d'une fille, celle-ci devait impérativement épouser à son tour un hollandais. Si leur enfant était un garçon, dans le respect de la tradition, il devait rejoindre l'Europe pour y faire sa vie. Mais à ce jour, aucune histoire à la Roméo & Juliette n'a encore été révélée... Dommage !




Si les hollandais ont colonnisé le pays pendant plus de 350 ans, il m'est raconté que les quelques années de colonnisation japonaise ont été vécues comme les pires de leur Histoire. La raison ? Elle aurait été vécue comme une trahison. Les japonais seraient ainci venus en amis, après le départ des hollandais, mais auraient profité de l'occasion pour commettre vols et viols, souillant ainsi l'intégrité des Indonésiens.

La construction de l'Indonésie en différentes périodes :

[[1953 - 1959]] C'est à ce moment que les lois hollandaises ont tenté d'être retranscrites et adaptées au contexte local. Si les religions ont cherché à proclamer l'indépendance des territoires sur lesquels elles étaient, cela a donné lieu à de nombreux conflits et a engendré de nombreuses dépenses en matière de sécurité civile. C'est à partir de 1955 (conférence de Bandung) que la situation a commencé à changer, avec l'élection d'une première figure politique. Quelques années plus tard (1959), Soekarno est défini comme le leader de la CONEFO (Conference of the New Emergent FOrces) qui mis le pays sur le devant de la scène.

[[1965 - 1966]] Le refus de l'alignement a aussi amené à de nombreux conflits avec les populations communistes. C'est ainsi que les chinois immigrés ont été pris pour cibles, faisant des milliers de morts, aussi en raison de leur place importante dans l'organisation du commerce domestique. Ces derniers étaient soumis à la stigmatisation permanente et ont alors dû utiliser des noms locaux, plutôt que leur identité originelle. En 1966, Soekarto est élu et tient à faire avancer le pays. Bien que la vice-présidence ait été renouvelée, il a été le président le plus longtemps actif (42ans) en Indonésie.

[[1983 - 1997]] La société semble s'être stabilisé et tout paraît aller dans le bon sens. Mais alors que la crise économique touche l'ensemble du globe, les Indonésiens prennent conscience que le leader du pays et ses proches sont comme privilégiés, dans cet économicosystème ! Peu à peu, ils se rendent compte que l'opposition n'est pas vraiment possible et que - sous couvert de liberté politique - les quelques opposants disparaissent mystérieusement.

[[1997 - 1998]] La dépréciation de la roupie est telle que les banques ferment les unes après les autres. Au total, 16 banques sont victimes de la conjoncture et le ton monte. A la suite d'une meurtre de 3 étudiants, la population descend dans la rue - principalement à Jakarta - pendant 3 jours (du 3 au 5 Mai) et s'attaque aux représentations symbolique de la hierarchie et de l'organisation économique. Une nouvelle occasion de s'attaquer et saccager les commerces chinois. Bien qu'il était aveugle et ne pouvait pas se déplacer, c'est la présidence du professeur musulman Gus Dur qui ouvrira le pays à une meilleure intégration de la population chinoise et réautorisera l'usage de leurs noms originels. Ce n'est que depuis, que l'Indonésie a fini par se stabiliser politiquement et a commencé à se développer en ville économique.

#Geoffrey