Melaka | L'Eurasiatique

Je savais que Melaka était une ville historique, mais je n'avais pas mesuré l'impact de l'Histoire. L'architecture, les traditions, les cultures, les Malaquais eux-mêmes... Si la rivière qui était destinée au commerce est aujourd'hui destinée aux mini croisières de touristes, les stigmates de l'Histoire se notent aujourd'hui au coeur de la ville. A tour de rôles, les Chinois, les Portugais, les Hollandais, les Britanniques, les Japonais ont apposé leurs marques et ont fait ce que Melaka est aujourd'hui.



A l'image de beaucoup des îles d'Asie du Sud-Est, la Malaisie a fait l'objet de nombreuses convoitises, à commencer par ses voisins chinois. Si l'emprise de chacun de ses colons a globalement durer un siècle à chaque fois (hormis dans le cas des japonais), les chinois sont ceux qui ont influencé l'essence de la culture malaquaise d'aujourd'hui, puisqu'environ un malaquais sur deux est un Peranakan (Malais Chinois). Plus vraiment chinois, ni vraiment intégrés dans les traditions malaquaises, ces Peranakan ont désormais une culture, une gastronomie, et des traditions qui leur sont propres. On retrouve également une importante communauté de Peranakan à Singapour (où 80% des habitants sont d'origine chinoise, comme je l'avais dit précedemment).





Les Portugais semblent avoir été les premiers colons européens à s'installer ici et à y construire des édifices militaires, religieux et domestiques. Une prise de contrôle du territoire, qui est alors peuplé majoritairement de chinois. Aussi l'occasion de me rappeler que dans l'Histoire, les hommes ont construit bien plus de murs que de ponts... C'est ainsi qu'est progressivement née en 1511 la Famosa, une forteresse ayant pour but de protéger les intérêts - essentielement commerciaux - des portugais. Culminait au plus haut point de cette forteresse une Eglise Catholique destinée à Marie, que les Britanniques renommeront ensuite l'Eglise Saint-Paul en lui réattribuant une essence protestante.


Mais les Portugais échouent à s'imposer en commerçants, mettant fin à de nombreuses relations commerciales transitant par le détroit. Sans succès, ils entendent alors étendre leur empire. Parfois en gagnant quelques terres, parfois en essuyant des échecs, leur emprise reste instable et leur héritage est aujourd'hui surtout culturel et religieux. A peine un siècle après leur arrivée, les Portugais sont délogés de Melaka par les Hollandais qui s'allient alors avec l'Etat sud de la Malaisie, Johor. La lutte se fait sous le feu des canons, dont on retrouve aujourd'hui une réplique près du quartier hollandais. Mais l'emplacement réel de ces canons était plus proches du Détroit.




Avec dérision, il m'est raconté qu'un peu plus d'un siècle plus tard, en raison de l'invasion de l'armée française en terres hollandaises, le sort de Melaka (et de la Malaisie) s'est décidé sur une table de négociation de Londres. Dejà présents dans le nord de la Malaisie (notamment à Penang), les Britanniques procèdent ainsi à l'échange. Ils détruiront plus tard la forteresse et les édifices portugais et hollandais pour y assoir leur contrôle. Aujourd'hui, on reconnait les bâtiment britanniques à leur couleur blanche, les bâtiments hollandais à leur couleur rougeâtre et les influences chinoises (avant l'invasion européenne) aux systèmes de ventilations des Jacks Roofs (toits à double surface).



Il m'est raconté qu'une des particularités des maisons Malaquaises est qu'elles sont peu larges, mais très profondes. Héritage du système de taxation hollandais, qui basait l'impôt sur la largeur des pas de portes, plutôt que la taille de ses habitations. Voilà ce qui explique sans pourquoi ma Guest House est en longueur et sur plusieurs étages... Bref, si petite soit elle, cette ville qui avait été bâtie à l'origine par un pêcheur de Sumatra est désormais peuplée majoritairement de Peranakan (Malaquais Chinois), de Malais, d'Indiens, de Baba-Nyonya (Malaquais Sinoportugais), et est un condensé d'Histoire et de cultures.


#Geoffrey