Ipoh | L'imprévue

Pour ce qui était de la Malaisie, je m'étais donné une plus grande marge de manoeuvre entre deux villes. Une telle marge que j'ai fini par avoir des jours inoccuppés. Entre Kuala Lumpur et Georgetown, je me suis donc retrouvé avec près d'une semaine à combler. Comment j'ai fait ? J'ai pris une carte, regardé la route qui liait les deux, et décidé de m'rarrêter à mi chemin.


C'est ainsi que je me suis retrouvé à Ipoh...



Qu'on se le dise, Ipoh n'est pas la ville la plus animée de Malaisie, mais elle a le mérite d'être sur la carte sans devoir zoomer à grande échelle. Principalement peuplée de chinois, c'est l'occasion pour moi de creuser un peu plus cette divergence nationale qui semble être plus qu'un apparât entre malais et malaysiens chinois ou indiens. Ainsi, c'est en venant à Ipoh que j'ai pu découvrir que la différence n'est pas le seul fait des gens, mais du gouvernement. Si Peng me partage son sentiment selon lequel les malais préfèreraient la campagne à la ville, il m'explique également que règne en Malaisie une vraie inégalité des chances en matière d'études. En effet, il semblerait que les universités privilégieraient avant tout les malais aux autres malaisiens. Ainsi, non seulement à profils identiques les malais seraient préférés, mais également ceux avec des résultats moins bons. Ce qui explique pourquoi les nombreux malais indiens ou chinois que j'ai rencontré ont eu du mal à suivre des études dans le supérieur, sinon à l'étranger... Donc un mauvais point pour le JKR, département du gouvernement fédéral pour le travail.


Peng aime sa ville, mais n'a pas vraiment le choix de la quitter ou non. S'il me partage qu'à KL il préfère Ipoh, il me précise néanmoins qu'il y préfèrerait Singapour. Mais les traditions asiatiques sont fortes et limitent les choix. Peng vit avec ses parents car il est le seul de la fraterie à ne pas avoir de vie maritale. Jusqu'à il y a peu, il travaillait dans l'informatique, mais il a décidé - il y a quelques années - d'arrêter cette activité pour aider sa soeur, qui tient un restaurant à 100 mètres de la maison. Ainsi, il préparer quelques plats ou aliments de base depuis chez lui. La nourriture, voilà un sujet qui semble l'intéresse. Parfait, nous sommes deux ! A la nuit tombée, nous nous rendons sur le marché nocturne (pas celui du centre, l'autre).



Non seulement cette petite promenade nocturne nous permet de profiter d'une température adoucie, mais aussi de découvrir quelques saveurs. Si le durian est loin de me convertir à ce fruit (pour le goût, comme pour l'odeur), le jus de canne à sucre permet d'enlever ce goût si particulier qu'a ce fruit. Je dois avouer que les occasions de goûter ce fruit avaient été nombreuses, mais son odeur si forte m'avait quelque peu repousser. Là, je n'ai pas vraiment eu le choix, et son goût plutôt âpre ne compense pas vraiment le parfum qu'il dégage.



Un peu plus loin, je vois ce curieux stand où sont disposés des sortes de satay, mais pas seulement au poulet. A la différence des satay, ici l'idée est de prendre les brochettes qui nous tentent pour les faire bouillir. Âmes sensibles s'abstenir, l'eau qui sert à bouillir les petites pieuvres et calamars que Peng souhaite me faire découvrir, n'est autre que l'eau qui sert à bouillir l'ensemble des autres brochettes, des autres personnes, depuis.... Je ne préfère pas savoir !



Jusqu'alors, mon régime alimentaire était principalement à base de riz et de nouilles, mais je dois avouer que ces étalages de poissons, de fruits, de brochettes et de cakes en tous genres me redonnent l'envie de découvrir quelques saveurs.




Mais revenons en aux traditions ! Car si je sais qu'Occident et Asie ont deux visions de la vie, la discussion que j'ai eu avec la soeur de Peng et ses filles a vraiment suscité ma curiosité. Alors que je mangeais mon plat de nouilles made in Ipoh, je cherchais à découvrir leur univers. A ma gauche, une des deux filles avec qui je commence la discussion a le même âge que moi. Classiquement, elle m'explique qu'elle travaille dans la comptabilité, puis en vient au fait qu'elle est mariée depuis un peu plus d'un an, en réponse à ma question sur le pourquoi elle souhaite rester à Ipoh. La seconde fille - d'un an sa benjamine - quant à elle, m'explique qu'elle ne peut pas vraiment quitter Ipoh car elle vit encore avec sa mère.

A mon tour, j'explique alors ce à quoi ressemble ma vie. L'indépendance qui a progressivement occupé ma vie depuis mes 18ans. Les villes où j'ai habité. Les écoles que j'ai fréquenté. Les voyages que j'ai effectué. Les relations que j'ai entamé et l'envie de rester seul pendant encore quelques années. Alors que l'une regarde sa mère, l'autre me glisse ce "More freedom in Europe" qui résume beaucoup. Sa mère me rassure en me disant que pour un garçon, j'ai encore le temps. Mais les filles doivent se marier tôt. Pour le reste, elle laisse échapper un sourire intrigué par ce style de vie. Dans cette différence culturelle, je lui explique que si cette "liberté" est ce qui dirige ma vie, ce lien familial est malheureusement rapidement dilué dans l'individualité et le besoin d'indépendance de nos cultures. Entre nos deux mondes, se trouverait donc un monde peut être un peu plus idéal ?

#Geoffrey